Au campement Robert-Guertin

Au campement Robert-Guertin
Jérémi a installé sa tente derriÚre l'aréna en juin 2023.
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Vendredi, au travail, je me suis retrouvĂ© au campement derriĂšre l'arĂ©na avec un stagiaire journaliste: Louis-Éric. Il est Ă©tudiant en journalisme Ă  l'École supĂ©rieur en Art et Technologie des MĂ©dias (ATM) du CEGEP de JonquiĂšre. En stage avec l'Ă©quipe de la rĂ©daction du Droit, on a terminĂ© sa premiĂšre semain avec ça. C'Ă©tait la premiĂšre fois qu'on m'invitait dans une tente. Je vous montre mes photos accompagnĂ© de son texte. - SimonSB

« On n’est pas des statistiques »

PAR LOUIS-ÉRIC MASSE

JĂ©rĂ©mi a 35 ans et vit au campement de l’arĂ©na Robert-Guertin depuis juin 2023. InstallĂ© dans sa tente, il craint le jour oĂč il devra dĂ©mĂ©nager tout son matĂ©riel et sa chienne, Kyena.

Kyena, entre dans la tente de Jérémi.

Il y a Ă  peine un an, JĂ©rĂ©mi faisait prĂšs de 70 000 dollars par annĂ©e comme superviseur chez une compagnie de dĂ©mĂ©nagement. Ironie de l’histoire : la compagnie a dĂ©mĂ©nagĂ©, et sans voiture, le trentenaire a dĂ» quitter son emploi, faute de moyen de s’y rendre.

La perte de son emploi, jumelĂ© au dĂ©cĂšs de son pĂšre, a forcĂ© JĂ©rĂ©mi Ă  se rendre au campement et s’y installer. « C’est pas par choix. Moi, je ne suis pas un droguĂ©, c’est juste une bad luck. »

Depuis son arrivĂ©e, il a rencontrĂ© Éloe, qui est devenue sa copine en fĂ©vrier, mettant ainsi fin Ă  neuf ans de cĂ©libat. Il est installĂ© « confortablement » au campement avec son barbecue, son poĂȘle Ă  bois et son lit double. « Depuis, que je suis arrivĂ© ici, j’ai trouvĂ© deux des meilleures choses qui sont arrivĂ©es dans ma vie : mon chien et ma blonde », lance-t-il en riant.

JĂ©rĂ©mi a trouvĂ© tout ce qu’il a en fouillant Ă  l’extĂ©rieur, ou simplement en demandant Ă  d’autres campeurs. PassionnĂ© de musique, il a mĂȘme rĂ©ussi Ă  trouver plusieurs guitares pour continuer de pratiquer.

Le Gatinois ne consomme aucune drogue dure, et use de ses mains pour faire un peu d’argent de poche, notamment en faisant des rĂ©parations chez des amis. Il a tentĂ© Ă  plusieurs reprises de rĂ©intĂ©grer le marchĂ© du travail, mais en vain. « Il y a plein de prĂ©jugĂ©s. Juste le fait de ne pas avoir une nuit de sommeil stable, c’est difficile. Veut veut pas, t’es pas capable de te laver, il n’y a mĂȘme plus de douche. » Il soutient ĂȘtre tout de mĂȘme activement Ă  la recherche d’un emploi.

En quĂȘte de rĂ©ponses

Sa copine Éloe siĂšge au « ComitĂ© des campeurs en calisse », un regroupement qui suit de prĂšs les dĂ©veloppements du futur dĂ©mĂ©nagement du site. Elle et ses collĂšgues dĂ©plorent le fait que la Ville de Gatineau n’informe pas la population du campement des discussions en cours. « C’est frustrant de tout le temps vivre dans l’incertitude et de ne jamais avoir de retour sur rien. On ne peut pas participer aux rencontres, il y a des endroits oĂč on veut aller, il y a peut-ĂȘtre des endroits auxquels on a pensĂ© qu’eux n’y ont pas pensé », explique-t-elle.

« ArrĂȘtez de nous niaiser et impliquez-nous. On n’est pas des choses qu’on peut dĂ©placer, on n’est pas des statistiques, on n’est pas des dĂ©chets »

Éloe et JĂ©rĂ©mi ont dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  planifier leur dĂ©mĂ©nagement, mais vivent dans l’incertitude d’ici lĂ . « ArrĂȘtez de nous niaiser et impliquez-nous. On n’est pas des choses qu’on peut dĂ©placer, on n’est pas des statistiques, on n’est pas des dĂ©chets », clame Éloe.

« Ce serait bon de le savoir d’avance pour que le monde aille le temps de dĂ©mĂ©nager. Si je savais oĂč on s’enligne, je serai le premier installĂ© lĂ -bas », explique de son cĂŽtĂ© JĂ©rĂ©mi. La Ville est toujours en rĂ©flexion et hĂ©site pour le moment entre trois sites potentiels.